Chronique de janvier 1917: incarner la propagande : l’exemple de Marcelle Semmer

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Couverture de L’Illustration, n°3586, 27 janvier 1917 - ADY PER 3550/7

Marcelle Semmer est une figure très intéressante pour la propagande gouvernementale à un moment où la lassitude face à la guerre est de plus en plus importante. Elle fait l’objet de la Une du supplément de l’Illustration et d’un cours passage aux infos Pathé- Gaumont

Habitante d’un village de la Somme, elle prête assistance aux civils les plus vulnérables qui n’ont pu s’enfuir devant l’avancée des Allemands, ralentit la progression de l’ennemi en coupant un pont, facilite la contre-attaque des Français, ravitaille les soldats. A un moment prisonnière des Allemands, elle échappe à une condamnation à mort.

Elle est donc à la fois l’infirmière dévouée mais aussi l’auteure d’actes de bravoure donc assimilée à un soldat. Elle est décorée de la légion d’honneur et de la croix de guerre. La croix de guerre est créée en avril 1915 car la légion d’honneur qui donne lieu à un petit traitement coûte cher. On crée alors une décoration sans indemnisation, purement honorifique. Elle est normalement réservée aux combattants en reconnaissance de leur courage de leur bravoure sur le champ de bataille.

Couverture de L’Illustration, n°3586, 27 janvier 1917 - ADY PER 3550/7

Dans l’esprit de beaucoup, le métier d’infirmière correspond encore au début de la guerre à une transposition des tâches ménagères et d’un rôle maternel. Au fil du conflit, en reconnaissance de l’importance de leur travail, les infirmières sont décorées. Ainsi parmi les femmes médaillées de guerre la moitié sont des infirmières.

L’infirmière est une des grandes figures de la guerre. Ce métier prend une nouvelle dimension avec le premier conflit mondial même si la création de la Croix-Rouge date de la deuxième moitié du XIXème siècle.

Le métier d’infirmière est récent puisque, pendant longtemps, les tâches accomplies par les infirmières sont restées l’apanage des religieuses. Comme elles font généralement peu de cas des progrès de la médecine, il s’avère nécessaire de former des infirmières laïques et l’on assiste à la multiplication des centres de formation de la Croix-Rouge et à la création d’écoles privées ou publiques. Dans les années qui précèdent la guerre, ces formations sont très prisées. Elles permettent aux femmes de sortir du foyer pour une activité qu’on ne peut leur refuser puisqu’elle est charitable et cela devient même une mode pour les jeunes filles de bonne famille en attendant le mariage. On assiste avec le déclenchement de la guerre à une multiplication des vocations et cet engouement, dans toutes les catégories sociales, ne se dément pas jusqu’à la fin du conflit. De plus malgré le salaire de misère il permet à certaines veuves de guerre de compléter leurs faibles revenus.

Si personne ne remet en cause le dévouement des infirmières, leur image reste cependant encore ambiguë.

Les religieuses toujours très nombreuses apparaissent comme très fiables car totalement désintéressées. Les infirmières de la Croix-Rouge, plus souvent issues des catégories sociales supérieures ont une image duale : du fait de leur éducation elles semblent plus à même de se comporter avec retenue auprès des patients et de collaborer avec les médecins car elles sont issues du même milieu mais elles ont la réputation d’être souvent hautaines et froides. A l’inverse les infirmières issues des écoles de l’Assistance publique et de catégories sociales modestes sont soupçonnées d’être vénales et dépravées.

En effet ces femmes qui sont amenées à toucher le corps de l’autre et surtout des hommes suscitent la méfiance. C’est pourquoi leur uniforme avec le voile se veut proche de celui de la religieuse. On retrouve aussi cet aspect religieux dans le vocabulaire utilisé par les soldats pour les nommer tels « ange blanc », « dame blanche », « ange gardien ».

Isabelle Attard-Aman


Pour aller plus loin :

  • Combats de femmes 1914-1918, Evelyne Morin-Rotureau, Autrement, janvier 2014

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