La bataille du 25 septembre 1915, Prise de la tranchée allemande devant Perthes (9 heures 30 du matin) de François Flameng, huile sur toile conservée à Courgent : Différence entre versions

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==Un instantané à l’huile sur toile==
 
==Un instantané à l’huile sur toile==
Offert à la commune de Courgent par le peintre François Flameng, ce tableau représentant une bataille de la Première Guerre mondiale, a bénéficié, en ce début d’année 2015, d’une restauration. Inscrit au titre des monuments historiques depuis 2007, il interpelle le spectateur par son réalisme et sa précision.<br />
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[[Fichier:Courgent ensemble.jpg|510x384px|cadre|centré|Le tableau après restauration (cliché CG78, J-B Barsamian).]]
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Offert à la commune de Courgent par le peintre François Flameng, ce tableau (176 x 253 cm), qui est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2007, a bénéficié d’une restauration en ce début d’année 2015. Il représente la tentative de rupture du front en Champagne par l’armée française à l’automne 1915, et interpelle le spectateur par son réalisme et sa précision.<br />
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Cette scène dont le plan se resserre sur une tranchée allemande jonchée de cadavres, est représentée comme un « instantané ». La dynamique de l’attaque est donnée par les figures de soldats français courant, grenade à la main. A gauche, ils pénètrent à l’intérieur de la tranchée, armés de couteaux et de baïonnettes. Certains soldats allemands continuent de se défendre et de tirer pendant que d’autres se rendent. Un drame personnel est individualisé dans cette mêlée : un soldat français est tué par un très jeune officier allemand ; la trajectoire de la balle, tirée à bout portant, est matérialisée par un éclair jaune. La rougeur de l’arrière-plan et l’épaisse fumée grise laissent supposer une bataille s’étendant sur plusieurs kilomètres. Le ciel bleu du matin (il est 9h30, précise le sous-titre) n’est presque plus perceptible, tout comme les silhouettes des soldats à l’arrière. Certains soldats regardent directement le spectateur, comme cet allemand se trouvant dans l’abri en bas à droite, caché par les mains levées de son camarade. Une chaise semble errer au milieu de la scène, témoignage de la vie quotidienne au front. Selon la tradition orale, trois habitants de Courgent seraient représentés parmi les soldats français.<br />
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== Contexte historique==
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[[Fichier:Détail 1.jpg|vignette|Détail,  après restauration (cliché CG78, J-B Barsamian).]]
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En 1915, les états-majors tentent de renouer avec la guerre de mouvement et rêvent d’une percée dans les lignes ennemies. Conformément à cette ligne de conduite, Joffre lance une première offensive en Champagne dès la fin de l’année 1914. Les combats se poursuivent jusqu’au 23 mars 1915. En vain ! La première bataille de Champagne s’achève sans aucun gain territorial et en ayant fait près de 90 000 victimes françaises.<br />
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Après ce revers, une seconde tentative de rupture du front en Champagne est engagée à l’automne. L’objectif est notamment de marcher sur Perthes-les-Hurlus afin de détruire la voie ferrée qui ravitaille en hommes, en nourriture et en matériel les lignes allemandes entre Reims et l’Argonne. Trente-cinq divisions françaises, composées de troupes reposées et bien équipées, se préparent à l’action. Placées sous le commandement de Castelnau (chef du Groupe d’armée centre – G.A.C.), la 2e armée de Pétain et la 4e de Langle de Cary s’élancent à l’assaut le matin du 25 septembre. Les combats se livrent dans d’étroits boyaux asphyxiés par les grenades et se terminent en sanglants corps-à-corps à la baïonnette. La première ligne allemande est enlevée, mais ce succès est éphémère puisque la seconde ligne ne sera jamais prise. L’arrivée des renforts allemands et la puissance de leur artillerie brisent l’assaut. Cette seconde offensive en Champagne (25 septembre - 6 octobre 1915) se caractérise, au final, par des gains territoriaux insignifiants ayant entraîné la perte de 140 000 Français et 85 000 Allemands.<br />
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==La restauration==
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[[Fichier:Nettoyage.jpg|vignette|Tableau en cours de nettoyage : la partie supérieure est encore assombrie par le vernis jauni et encrassé (cliché C. Prévost).]]
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En janvier, le tableau a intégré l’atelier de [http://archeologie.yvelines.fr/spip.php?article236 restauration des œuvres d’art du Service du Patrimoine Monumental et Mobilier], à Montigny-le-Bretonneux, en vue d’une intervention sur le support et la couche picturale. La rupture d’attache sur un côté a nécessité la dépose de la toile qui a été retendue sur son châssis, à l’aide de bandes de toiles latérales. Les dégâts causés par ces déformations et quelques dommages ponctuels −petites déchirures, perforations et griffures− ont également été traités. La surface a été nettoyée et le vernis, jaune et irrégulier, enlevé, ce qui a permis de redécouvrir les talents de coloriste du peintre. Certains défauts dus à la technique, comme des craquelures qui sont la conséquence d’un problème de séchage de la peinture, ont été atténués par des glacis de couleur. Le cadre a été démonté, pour reprendre les assemblages défectueux ; les manques dans les ornements ont été complétés et la dorure au cuivre nettoyée, en conservant le plus possible de matière originale. <br />
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[[Fichier:détail_2.jpg|vignette|Détail : altération irréversible de la couche picturale causée par un problème de séchage de la peinture (cliché C. Prévost).]]
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[[Fichier:Cadre Courgent.jpg|400x225px|cadre|centré|Le cadre démonté, en cours de restauration (cliché M. Seigneury).]]
 
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Cette scène d’attaque, dont le plan se resserre sur une tranchée allemande prise, est représentée de manière instantanée. Au premier plan, les soldats français pénètrent fièrement à l’intérieur de la tranchée couteaux et baïonnettes à la main. Des cadavres jonchent le sol. Certains soldats allemands continuent de se défendre et de tirer pendant que d’autres se rendent. La rougeur de l’arrière-plan et l’épaisse fumée grise laissent supposer une bataille s’étendant sur plusieurs kilomètres. Le ciel bleu du matin (il est 9h30 lors de l’attaque) n’est presque plus perceptible, tout comme les silhouettes des soldats à l’arrière. Certains soldats regardent directement le spectateur, comme cet allemand se trouvant dans l’abri en bas à droite par exemple, caché par les mains levées de son camarade. Une chaise semble errer au milieu de la scène, rappelant probablement la vie quotidienne dans les tranchées. Parmi les soldats français, trois habitants de Courgent seraient représentés, Emile, Léon et Lucien Lassalle.<br />
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Au cours de l’intervention, la restauratrice a découvert, sur le châssis, quatre étiquettes relatives au transport de l’œuvre. Elles nous informent sur le fournisseur : la maison Binant à Paris marchand de couleurs et de toiles, et confirment son destinataire « François Flameng…», et son itinéraire par la gare de Mantes-Gassicourt, probablement en novembre 1915. Elles confirment également un voyage de l’œuvre à Paris en 1918 pour être exposée, contrepartie des autorisations de circuler délivrées aux artistes, exigée par le ministère de la Guerre. C’est sans doute à son retour à Courgent que le châssis a été augmenté sur un côté, pour l’adapter au cadre dans lequel il est présenté depuis. <br />
  
==La restauration==
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[[Fichier:Envoi_Courgent.jpg|512x341px|cadre|centré|Étiquette découverte sur le châssis (cliché CG78, J.-B. Barsamian)]]
En janvier, le tableau a intégré l’atelier de restauration des œuvres d’art du service patrimoine, dans les locaux de Montigny-le-Bretonneux, en vue d’une intervention axée principalement sur la couche picturale : celle-ci a été nettoyée et le vernis jauni a été enlevé, ce qui a permis de découvrir les talents de coloriste du peintre. Un autre vernis a été appliqué sur la couche picturale afin de la protéger. L’intervention a également porté sur le support avec la mise en place de bandes destinées à retendre la toile. Des retouches ont été effectuées pour combler les manques de matière picturale due à ce problème de tension et une toile de protection a été installée à l’arrière du tableau. Enfin, concernant le cadre, les assemblages ont été vérifiés, puis les dorures reprises.<br />
 
Au cours de l’opération, la restauratrice a découvert, au dos du châssis, quatre étiquettes relatives au transport de l’œuvre, ou tout au moins de son châssis. En effet, les tableaux voyagent souvent démontés, la toile étant décrochée du châssis puis roulée. Deux hypothèses peuvent donc être avancées : le châssis est plus ancien et a été récupéré par le peintre, ou bien le châssis a bien été commandé pour cette toile à la maison Binant, marchand de couleurs, de fournitures et de toiles, située à Paris. La toile semble avoir été clouée à deux reprises. Il est donc probable qu’elle n’ait pas été initialement peinte sur son châssis actuel. De plus, on remarque que ce même châssis a été agrandi pour s’adapter au cadre.
 
  
 
==Le travail du peintre==
 
==Le travail du peintre==
François Flameng est né le 6 décembre 1856 et mort le 28 février 1923, à Paris. Peintre, graveur et illustrateur, il est le fils de l’artiste Léopold Flameng et l’élève d’Alexandre Cabanel, de Pierre Hédouin et de Jean-Paul Laurens à l’Académie des Beaux-Arts de Paris, où il devient à son tour professeur en 1905. Dès 1873, il expose au Salon des Artistes Français, où il est récompensé à plusieurs reprises par la suite. Réputé pour ses portraits mondains, il peint également des tableaux historiques, tel que Vive l’Empereur en 1896, qui représente la bataille de Waterloo. Il est en effet un artiste privilégié sous Napoléon III, reconnu comme peintre officiel (par ses qualités de membre de l’Institut et de professeur).<br />  
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François Flameng est né le 6 décembre 1856 et mort le 28 février 1923, à Paris. Peintre, graveur et illustrateur, il est le fils de l’artiste Léopold Flameng et l’élève d’Alexandre Cabanel, de Pierre Hédouin et de Jean-Paul Laurens à l’Académie des Beaux-Arts de Paris, où il devient à son tour professeur en 1905. Dès 1873, il expose au Salon des Artistes Français, où il est récompensé à plusieurs reprises par la suite. Réputé pour ses portraits mondains, il peint également des tableaux historiques, tel que Vive l’Empereur en 1896, qui représente la bataille de Waterloo. Il est en effet un artiste privilégié sous Napoléon III, reconnu comme peintre officiel, membre de l’Institut et professeur.<br />
Flameng reçoit également de nombreuses commandes publiques parmi lesquelles le décor de l’escalier de la Sorbonne, de la salle Favart de l’Opéra-Comique, un tableau (Eylau) pour l’Assemblée Nationale, une toile marouflée pour la Gare de Lyon ou encore le décor du salon d’honneur de l’Hôtel des Invalides.<br />
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En 1912, il est élu maire de Courgent, commune où est inhumé son père (et lui-même par la suite). Son mandat s’achève en 1917. Durant cette période, il vit dans une demeure néo-classique, appelée « le pavillon », dans laquelle se trouve un atelier de peinture. Flameng se marie tardivement et a au moins un fils, engagé volontaire dans le 28e RI durant la Grande Guerre.<br />
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Flameng reçoit également plusieurs commandes publiques, parmi lesquelles le décor de l’escalier de la Sorbonne, de la salle Favart de l’Opéra-Comique, un tableau ([http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?no_cache=1&nnumid=078138&cHash=cf46d4c366 ''Eylau'']) pour l’Assemblée nationale, une toile marouflée pour la gare de Lyon ou encore le décor du salon d’honneur de l’Hôtel des Invalides.<br />
Dès 1914, les missions de peintres aux armées sont mises en place par le ministère de la Guerre. Gérées et organisées par le musée de l’armée, elles seraient le résultat de demandes des artistes eux-mêmes, regroupés dès 1913 dans la Société des peintres militaires, dont le président d’honneur est Flameng. Cette société, qui a pour but d’éviter la disparition du genre militaire en matière de peinture, voit le jour dans un contexte déjà assombri par les relations entre la France et l’Allemagne. Non mobilisés (à cause de leur âge notamment), ces artistes sont des volontaires et ont bien souvent des liens avec le milieu militaire. C’est donc avec un esprit patriotique et un désir de participer à l’effort de guerre que ces peintres vont exercer leur art. François Flameng fait partie des premiers voyages et part pour Reims, le 15 décembre 1914, avec Félix-Joseph Bouchor et Henry Jacquier. Il bénéficie ensuite d’un chauffeur et d’une voiture en permanence. Il ne cesse de se déplacer durant les quatre années de guerre. Sur place, il réalise de nombreux croquis (plus de 200), qu’il reprend ensuite sur toile, à son retour dans son atelier. La majorité de ces croquis montrent l’arrière front et les ruines. Véritables « œuvres de reportage », publiées dans le journal L’Illustration, elles sont ensuite retravaillées par le peintre. C’est le cas pour ce tableau, qui comporte des éléments forts rassemblés dans une même composition. Ces images rapportées par Flameng visent à rassurer la population en montrant les victoires de l’armée française. On y perçoit, en filigrane, une certaine forme de violence et même s’il n’hésite pas à représenter des soldats morts, ceux-ci sont toujours allemands.<br />  
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Dans la réalité, la deuxième bataille de Champagne se caractérise par de faibles gains territoriaux et un nombre plus important de pertes humaines côté français. La première ligne allemande est effectivement prise comme le figure le tableau, contrairement à la seconde qui ne l’est pas.<br />  
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Il possède une propriété familiale à la limite des communes de Courgent et de Septeuil il est inhumé auprès de son père. De 1912 à 1917, il est maire de Courgent. Dans sa demeure, de style néo-classique, se trouve un atelier de peinture. Sa femme est infirmière durant la guerre et meurt, peu après, de séquelles liées aux gaz de combat. Son fils s’engage, à 21 ans, dans le 28e Régiment d’Infanterie, en 1914 ; Flameng fait [http://www.photo.rmn.fr/archive/14-523330-2C6NU0AL6NLCE.html son portrait], dans son uniforme à culotte rouge, comme celui d’autres soldats, lors de ses tournées ; il est à son tour, à cette occasion, photographié par des soldats.<br />
En mai-juin 1918, une exposition « au profit des œuvres de guerre » est organisée au Petit Palais. Cette œuvre y est exposée avec deux autres de Flameng : un portrait de femme et Le Sauveur. Le sous-titre donné à cette dernière, « Avec son sang par son martyre et son héroïsme, le poilu, nouveau rédempteur, aura racheté et sauvé l’humanité pour la deuxième fois », confirme la composition symbolique choisie par le peintre pour ce tableau, celle d’une descente de croix. Ce tableau figure un blessé secouru par trois autres soldats.<br />
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A la fin du mois de février, le tableau figurant la bataille du 25 septembre 1915, qui peut être vu comme un monument aux morts ou un mémorial, retrouvera sa place dans la salle du conseil de la mairie de Courgent.<br />
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[[Fichier:Signature.jpg|400x267px|cadre|centré|Signature de François Flameng (cliché CG78, J-B Barsamian).]]
Pendant et après la guerre, de jeunes artistes, mobilisés sur le front, critiquent cette peinture officielle notamment représentée par Flameng, se considérant comme les plus à même de représenter la guerre pour l’avoir vécue. Ils sont influencés par les courants du début du XXe siècle tels que le cubisme, le futurisme ou encore le fauvisme, plus adaptés selon eux à cette nouvelle vision de la guerre
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Dès 1914, les missions de peintres aux armées sont mises en place par le ministère de la Guerre. Gérées et organisées par le musée de l’armée, elles seraient le résultat de demandes des artistes eux-mêmes, regroupés dès 1913 dans la Société des peintres militaires, dont le président d’honneur est Flameng. Cette société, qui a pour but d’éviter la disparition du genre militaire en peinture, voit le jour dans un contexte déjà assombri par les relations entre la France et l’Allemagne. Non mobilisés (à cause de leur âge notamment), ces artistes sont des volontaires et ont bien souvent des liens avec le milieu militaire. C’est donc avec un esprit patriotique et un désir de participer à l’effort de guerre que ces peintres vont exercer leur art. François Flameng fait partie des premiers voyages et part pour Reims, le 15 décembre 1914, avec d’autres peintres ; on ignore s’il a jamais croisé Maurice Denis ou Félix Valloton dans leurs tournées. Il bénéficie ensuite d’un chauffeur et d’une voiture en permanence. Il ne cesse de se déplacer durant les quatre années de guerre. Sur place, il réalise de nombreux croquis −plus de 200− la majorité montrant l’arrière du front et les ruines. Véritables « œuvres de reportage », publiées dans le journal L’Illustration, elles sont ensuite retravaillées en atelier, comme le tableau de Courgent, dans lequel le peintre reprend des éléments forts de ses aquarelles pour composer une bataille, retrouvant le souffle épique dans la tradition des peintres des siècles précédents. <br />
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En mai-juin 1918, une exposition « au profit des œuvres de guerre » est organisée au Petit Palais. Flameng y envoie ce tableau, à côté d’un autre intitulé Le Sauveur * qui figure un blessé déposé sur une civière par trois soldats, dans une composition pyramidale inspirée d’une Descente de croix, dont le choix symbolique est explicité par le peintre par le sous-titre « Avec son sang par son martyre et son héroïsme, le poilu, nouveau rédempteur, aura racheté et sauvé l’humanité pour la deuxième fois ». <br />
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François Flameng représente un courant officiel de la peinture, qui sera critiqué par de jeunes artistes, mobilisés, qui se considèrent plus à même de représenter la guerre pour l’avoir vécue, et qui utilisent les langages picturaux naissants au XXe siècle, pour exprimer leur vision de cette guerre.
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Le tableau figurant la bataille du 25 septembre 1915, a retrouvé sa place dans la salle du conseil de la mairie de Courgent, où il fait écho au monument aux morts sur lequel sont cités trois frères, morts au combat en 1914 et 1915, ainsi que l’infirmière Henriette Flameng.<br />
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== Galerie ==
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Fichier:détail_3.jpg|Détail avant restauration : la toile est déchirée sur le côté (cliché C. Prévost).
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Fichier:détail_4.jpg|Détail après restauration (cliché CG78, J-B Barsamian).
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Fichier:détail_5.jpg|Détail après restauration (cliché CG78, J-B Barsamian).
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--C. Huot-Blanchard 27 mars 2015 à 16:19 (CET)pour:<br />
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'''Laura Arnaud''', apprentie au Service du Patrimoine Monumental et Mobilier,
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sous la direction de '''Catherine Crnokrak''', Conservateur des A.O.A..  
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'''Nicolas Joulaud''', Archives départementales des Yvelines pour le contexte historique. 
  
 
[[catégorie:1915]]
 
[[catégorie:1915]]
 
[[catégorie:Courgent]]
 
[[catégorie:Courgent]]
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[[catégorie:Arts - Culture]]
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Version actuelle datée du 18 juin 2015 à 08:19

Un instantané à l’huile sur toile

Le tableau après restauration (cliché CG78, J-B Barsamian).

Offert à la commune de Courgent par le peintre François Flameng, ce tableau (176 x 253 cm), qui est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2007, a bénéficié d’une restauration en ce début d’année 2015. Il représente la tentative de rupture du front en Champagne par l’armée française à l’automne 1915, et interpelle le spectateur par son réalisme et sa précision.

Cette scène dont le plan se resserre sur une tranchée allemande jonchée de cadavres, est représentée comme un « instantané ». La dynamique de l’attaque est donnée par les figures de soldats français courant, grenade à la main. A gauche, ils pénètrent à l’intérieur de la tranchée, armés de couteaux et de baïonnettes. Certains soldats allemands continuent de se défendre et de tirer pendant que d’autres se rendent. Un drame personnel est individualisé dans cette mêlée : un soldat français est tué par un très jeune officier allemand ; la trajectoire de la balle, tirée à bout portant, est matérialisée par un éclair jaune. La rougeur de l’arrière-plan et l’épaisse fumée grise laissent supposer une bataille s’étendant sur plusieurs kilomètres. Le ciel bleu du matin (il est 9h30, précise le sous-titre) n’est presque plus perceptible, tout comme les silhouettes des soldats à l’arrière. Certains soldats regardent directement le spectateur, comme cet allemand se trouvant dans l’abri en bas à droite, caché par les mains levées de son camarade. Une chaise semble errer au milieu de la scène, témoignage de la vie quotidienne au front. Selon la tradition orale, trois habitants de Courgent seraient représentés parmi les soldats français.

Contexte historique

Détail, après restauration (cliché CG78, J-B Barsamian).

En 1915, les états-majors tentent de renouer avec la guerre de mouvement et rêvent d’une percée dans les lignes ennemies. Conformément à cette ligne de conduite, Joffre lance une première offensive en Champagne dès la fin de l’année 1914. Les combats se poursuivent jusqu’au 23 mars 1915. En vain ! La première bataille de Champagne s’achève sans aucun gain territorial et en ayant fait près de 90 000 victimes françaises.

Après ce revers, une seconde tentative de rupture du front en Champagne est engagée à l’automne. L’objectif est notamment de marcher sur Perthes-les-Hurlus afin de détruire la voie ferrée qui ravitaille en hommes, en nourriture et en matériel les lignes allemandes entre Reims et l’Argonne. Trente-cinq divisions françaises, composées de troupes reposées et bien équipées, se préparent à l’action. Placées sous le commandement de Castelnau (chef du Groupe d’armée centre – G.A.C.), la 2e armée de Pétain et la 4e de Langle de Cary s’élancent à l’assaut le matin du 25 septembre. Les combats se livrent dans d’étroits boyaux asphyxiés par les grenades et se terminent en sanglants corps-à-corps à la baïonnette. La première ligne allemande est enlevée, mais ce succès est éphémère puisque la seconde ligne ne sera jamais prise. L’arrivée des renforts allemands et la puissance de leur artillerie brisent l’assaut. Cette seconde offensive en Champagne (25 septembre - 6 octobre 1915) se caractérise, au final, par des gains territoriaux insignifiants ayant entraîné la perte de 140 000 Français et 85 000 Allemands.

La restauration

Tableau en cours de nettoyage : la partie supérieure est encore assombrie par le vernis jauni et encrassé (cliché C. Prévost).

En janvier, le tableau a intégré l’atelier de restauration des œuvres d’art du Service du Patrimoine Monumental et Mobilier, à Montigny-le-Bretonneux, en vue d’une intervention sur le support et la couche picturale. La rupture d’attache sur un côté a nécessité la dépose de la toile qui a été retendue sur son châssis, à l’aide de bandes de toiles latérales. Les dégâts causés par ces déformations et quelques dommages ponctuels −petites déchirures, perforations et griffures− ont également été traités. La surface a été nettoyée et le vernis, jaune et irrégulier, enlevé, ce qui a permis de redécouvrir les talents de coloriste du peintre. Certains défauts dus à la technique, comme des craquelures qui sont la conséquence d’un problème de séchage de la peinture, ont été atténués par des glacis de couleur. Le cadre a été démonté, pour reprendre les assemblages défectueux ; les manques dans les ornements ont été complétés et la dorure au cuivre nettoyée, en conservant le plus possible de matière originale.

Détail : altération irréversible de la couche picturale causée par un problème de séchage de la peinture (cliché C. Prévost).
Le cadre démonté, en cours de restauration (cliché M. Seigneury).


Au cours de l’intervention, la restauratrice a découvert, sur le châssis, quatre étiquettes relatives au transport de l’œuvre. Elles nous informent sur le fournisseur : la maison Binant à Paris marchand de couleurs et de toiles, et confirment son destinataire « François Flameng…», et son itinéraire par la gare de Mantes-Gassicourt, probablement en novembre 1915. Elles confirment également un voyage de l’œuvre à Paris en 1918 pour être exposée, contrepartie des autorisations de circuler délivrées aux artistes, exigée par le ministère de la Guerre. C’est sans doute à son retour à Courgent que le châssis a été augmenté sur un côté, pour l’adapter au cadre dans lequel il est présenté depuis.

Étiquette découverte sur le châssis (cliché CG78, J.-B. Barsamian)

Le travail du peintre

François Flameng est né le 6 décembre 1856 et mort le 28 février 1923, à Paris. Peintre, graveur et illustrateur, il est le fils de l’artiste Léopold Flameng et l’élève d’Alexandre Cabanel, de Pierre Hédouin et de Jean-Paul Laurens à l’Académie des Beaux-Arts de Paris, où il devient à son tour professeur en 1905. Dès 1873, il expose au Salon des Artistes Français, où il est récompensé à plusieurs reprises par la suite. Réputé pour ses portraits mondains, il peint également des tableaux historiques, tel que Vive l’Empereur en 1896, qui représente la bataille de Waterloo. Il est en effet un artiste privilégié sous Napoléon III, reconnu comme peintre officiel, membre de l’Institut et professeur.

Flameng reçoit également plusieurs commandes publiques, parmi lesquelles le décor de l’escalier de la Sorbonne, de la salle Favart de l’Opéra-Comique, un tableau (Eylau) pour l’Assemblée nationale, une toile marouflée pour la gare de Lyon ou encore le décor du salon d’honneur de l’Hôtel des Invalides.

Il possède une propriété familiale à la limite des communes de Courgent et de Septeuil où il est inhumé auprès de son père. De 1912 à 1917, il est maire de Courgent. Dans sa demeure, de style néo-classique, se trouve un atelier de peinture. Sa femme est infirmière durant la guerre et meurt, peu après, de séquelles liées aux gaz de combat. Son fils s’engage, à 21 ans, dans le 28e Régiment d’Infanterie, en 1914 ; Flameng fait son portrait, dans son uniforme à culotte rouge, comme celui d’autres soldats, lors de ses tournées ; il est à son tour, à cette occasion, photographié par des soldats.

Signature de François Flameng (cliché CG78, J-B Barsamian).

Dès 1914, les missions de peintres aux armées sont mises en place par le ministère de la Guerre. Gérées et organisées par le musée de l’armée, elles seraient le résultat de demandes des artistes eux-mêmes, regroupés dès 1913 dans la Société des peintres militaires, dont le président d’honneur est Flameng. Cette société, qui a pour but d’éviter la disparition du genre militaire en peinture, voit le jour dans un contexte déjà assombri par les relations entre la France et l’Allemagne. Non mobilisés (à cause de leur âge notamment), ces artistes sont des volontaires et ont bien souvent des liens avec le milieu militaire. C’est donc avec un esprit patriotique et un désir de participer à l’effort de guerre que ces peintres vont exercer leur art. François Flameng fait partie des premiers voyages et part pour Reims, le 15 décembre 1914, avec d’autres peintres ; on ignore s’il a jamais croisé Maurice Denis ou Félix Valloton dans leurs tournées. Il bénéficie ensuite d’un chauffeur et d’une voiture en permanence. Il ne cesse de se déplacer durant les quatre années de guerre. Sur place, il réalise de nombreux croquis −plus de 200− la majorité montrant l’arrière du front et les ruines. Véritables « œuvres de reportage », publiées dans le journal L’Illustration, elles sont ensuite retravaillées en atelier, comme le tableau de Courgent, dans lequel le peintre reprend des éléments forts de ses aquarelles pour composer une bataille, retrouvant le souffle épique dans la tradition des peintres des siècles précédents.

En mai-juin 1918, une exposition « au profit des œuvres de guerre » est organisée au Petit Palais. Flameng y envoie ce tableau, à côté d’un autre intitulé Le Sauveur * qui figure un blessé déposé sur une civière par trois soldats, dans une composition pyramidale inspirée d’une Descente de croix, dont le choix symbolique est explicité par le peintre par le sous-titre « Avec son sang par son martyre et son héroïsme, le poilu, nouveau rédempteur, aura racheté et sauvé l’humanité pour la deuxième fois ».
François Flameng représente un courant officiel de la peinture, qui sera critiqué par de jeunes artistes, mobilisés, qui se considèrent plus à même de représenter la guerre pour l’avoir vécue, et qui utilisent les langages picturaux naissants au XXe siècle, pour exprimer leur vision de cette guerre.
Le tableau figurant la bataille du 25 septembre 1915, a retrouvé sa place dans la salle du conseil de la mairie de Courgent, où il fait écho au monument aux morts sur lequel sont cités trois frères, morts au combat en 1914 et 1915, ainsi que l’infirmière Henriette Flameng.

Galerie

--C. Huot-Blanchard 27 mars 2015 à 16:19 (CET)pour:
Laura Arnaud, apprentie au Service du Patrimoine Monumental et Mobilier, sous la direction de Catherine Crnokrak, Conservateur des A.O.A.. Nicolas Joulaud, Archives départementales des Yvelines pour le contexte historique.