Chronique de septembre 1916 : L'Empire britannique en guerre

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Affiche « L’Empire britannique en guerre » - ADY - 103J25 sup24

Ce document est la version française d’une affiche britannique ayant été à l’origine publiée par la société « Roberts & Leeds » pour être diffusée au sein de l’empire britannique. Sa traduction et sa présence dans les fonds des Archives départementales des Yvelines et de l’ancienne Seine-et-Oise témoignent d’un phénomène de circulation de la propagande à l’échelle internationale. Notons que cette affiche a connu un succès important, puisqu’il est possible d’en retrouver différentes versions aussi bien en Nouvelle Zélande que dans un livret de buvards imprimé et offert en 1918 par les Grands Magasins "Aux Dames de France" de Menton.

L’argumentaire est caractéristique de la propagande mettant en avant les premiers alliés de la France dans le cadre de la Triple-Entente, ce qui explique très certainement sa traduction et sa diffusion. Ainsi de très nombreuses cartes postales insistent sur l’importance des alliés qui incarnent une aide précieuse qui ne pourra pas manquer de venir à bout des Empires centraux isolés et encerclés. Il est important de prévenir la traditionnelle froideur des Français à l’égard des Anglais alors que le souvenir des guerres séculaires reste encore vivace. C’est ainsi que dans un article consacré à un projet de tunnel sous la manche, placé en une du Petit Mantais en date du 16 août 1916, l’auteur écrit à propos des britanniques : « Nous n’avons jamais douté de leur puissance mais ils doutaient de notre virilité. Désormais le cœur de la nation anglaise bat à l’unisson de celui de la patrie française.»

Rappelons que l’entrée en guerre de la Grande Bretagne le 4 août 1914 n’était pas d’une évidence absolue. L’entente cordiale établie avec la France dix ans plus tôt ainsi que la signature d’une convention anglo-russe en 1907 n’impliquait pas une solidarité militaire indéfectible de celle que l’on surnomme encore souvent la « perfide Albion ». C’est avant tout la violation de la neutralité belge par l’armée allemande et les exactions qui s’en suivirent qui furent à l’origine de l’intervention britannique dans le conflit.

La Grande Bretagne est entrée en guerre en tant que puissance d’envergure mondiale. C’est cette idée que met particulièrement en avant le document. Tout au long du conflit ce sont 1 million de troupes indiennes, 500 000 Canadiens, 300 000 Australiens, 100 000 Néo-Zélandais et 80 000 soldats sud-africains blancs qui sont mobilisés en tant que troupes coloniales. L’idée d’un conflit aux dimensions planétaires est particulièrement mise en avant. Les différents théâtres d’opérations sont ainsi présentés de façon centrale à l’aide d’un planisphère. On y souligne par exemple l’invasion récente du Sud-Est allemand par le général Jan Smuts, ancien adversaire des anglais pendant la guerre des Boers, mais luttant désormais à leurs côtés dans le cadre des accords liant le dominion de l’Union sud-africaine à la couronne britannique. C’est donc un empire uni dans un même élan et sans aucune nuance qui est ici présenté dans une vision simplifiée et idéalisée du Commonwealth au service de la propagande.

L’évocation du général Maurice Sarrail en tant que commandant du corps expéditionnaire d’Orient permet d’insister sur le caractère indéfectible d’une alliance internationale dans laquelle les forces britanniques sont parfois placées sous un commandement français. L’armée britannique est particulièrement mise en avant. Le document indique qu’elle passe de 275 000 fantassins en 1914 à 5 millions en 1916. Contrairement à la France, lorsque la guerre éclate, la Grande-Bretagne n’a pas recours à la conscription militaire. Près d’un million d’hommes se sont engagés volontairement durant les premiers mois du conflit. Mais après avoir fait appel au volontariat, le gouvernement britannique prend conscience qu’une grande quantité de troupes sera nécessaire pour poursuivre la guerre, et instaure le service militaire obligatoire à partir de 1916. La propagande française met souvent en avant le professionnalisme des « Tommies » qui sont présentés comme des soldats fiables et courageux.

La principale force du Royaume-Uni réside dans sa flotte dont les effectifs augmentent également de façon importante, passant selon le document de 146 000 à 350 000 hommes. On ne peut cependant que s’étonner de l’absence de représentation de navires de guerre ou encore de l’évocation du blocus imposé à l’Allemagne alors que le document est relativement prolixe sur d’autres informations comme la « quantité approximative de territoire occupé par les alliés le 2 août 1916 ». Cette absence est rectifiée dans une autre version du document qu’il est possible de télécharger sur le site de la bibliothèque numérique de Lyon « numelyo ».

Enfin, une part importante de l’argumentaire est laissée à l’effort de guerre avec pas moins de trois vignettes sur les huit qui constituent le document. La première présente « l’armée industrielle » forte de ses plus de 3 millions travailleurs tandis que la seconde insiste sur l’effort budgétaire. La dernière est plus singulière puisqu’il s’agit d’une gravure représentant une usine de munitions et dont la notice n’a pas été traduite. Elle met au premier plan une ouvrière, soulignant ainsi l’engagement des femmes dans le conflit.

Jean-Christophe Blanchard

Pour aller plus loin :

  • Morin, Claude. La Grande Guerre des images. La propagande par la carte postale, 1914-1918. Turquant : L’Apart Editions. 2013.

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