Vivre malgré la Guerre : Différence entre versions

De Le Wiki de la Grande Guerre
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Quand le canon et la mitraille fauchent chaque jour tant de vies, les familles vivent ces temps de guerre entre espoir et angoisse. Espoir d’une lettre procurant soulagement et réconfort, mais angoisse de l’annonce fatale portée par Monsieur le Maire.
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Dix-neuf des quarante deux soldats de la commune tués au combat, disparaissent durant les cinq premiers mois du conflit, d’août à décembre 1914 !
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Et dans cette période, une famille est particulièrement éprouvée et décimée par la mort de trois frères fantassins :
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Louis LOMBARDIN, jardinier, et sa femme Louise ont sept enfants, deux filles et cinq garçons mobilisés. Trois d’entre eux trouvent la mort dans les tout premiers mois de guerre :
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:*- Désiré, le 22 août 1914 à 26 ans.
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:*- Gabriel, le 13 septembre à 22 ans.
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À trois reprises en seulement quatre mois, l’on apporte aux malheureux parents la terrible nouvelle qui les plonge chaque fois un peu plus dans la peine.
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Les trois plaques émaillées proviennent de la tombe de la famille LOMBARDIN, bien qu’ils n’y soient pas inhumés.
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Version du 31 juillet 2015 à 15:12

La visite tant redoutée

Quand le canon et la mitraille fauchent chaque jour tant de vies, les familles vivent ces temps de guerre entre espoir et angoisse. Espoir d’une lettre procurant soulagement et réconfort, mais angoisse de l’annonce fatale portée par Monsieur le Maire.

Dix-neuf des quarante deux soldats de la commune tués au combat, disparaissent durant les cinq premiers mois du conflit, d’août à décembre 1914 !

Et dans cette période, une famille est particulièrement éprouvée et décimée par la mort de trois frères fantassins :

Louis LOMBARDIN, jardinier, et sa femme Louise ont sept enfants, deux filles et cinq garçons mobilisés. Trois d’entre eux trouvent la mort dans les tout premiers mois de guerre :

  • - Désiré, le 22 août 1914 à 26 ans.
  • - Gabriel, le 13 septembre à 22 ans.
  • - Jules, le 11 décembre à 33 ans.

À trois reprises en seulement quatre mois, l’on apporte aux malheureux parents la terrible nouvelle qui les plonge chaque fois un peu plus dans la peine.

Les trois plaques émaillées proviennent de la tombe de la famille LOMBARDIN, bien qu’ils n’y soient pas inhumés.


Les cantonnements de troupes

Bien qu’éloigné du front, Saint-Nom-la-Bretèche est inclus dans le secteur numéro 7 du Camp Retranché de Paris.

Ce dispositif, créé en 1880 à la suite du siège de Paris de 1870, constitue la ligne ultime de défense de la Capitale. Le déroulement de la Grande Guerre avec les bombardements ennemis montrera à quel point ce concept était dépassé.

Mais c’est de ce Camp Retranché que sortiront les troupes qui permettront la Victoire de la Marne à partir du 7 septembre 1914.

Utilisation des indemnité de logement des troupes pour ériger un Monument aux Morts[1]
Réclamation des indemnité de logement des troupes[1]

Le relatif silence des archives

Les Archives communales ont gardé bien peu de souvenirs du passage des troupes dans notre village. Nous aurions pu y trouver trace des indemnités versées aux fermiers ainsi qu’aux habitants, et donc les lieux et dates de cantonnement. Seuls les deux textes ci-contre ont résisté au temps... Nous avons heureusement pu retrouver, par ailleurs, quelques documents (écrits et cartes postales) et recueillir un témoignage permettant de reconstituer cet aspect de la vie “à l’arrière”.

Les montants des indemnités allouées pour une nuit par l’Administration Militaire s’élèvent à 1 F pour les officiers, 0,20 F pour les sous-officiers et 0,05 F pour les hommes de troupe comme pour les chevaux. [2]

Protéger la ligne du tramway Versailles-Maule

Dès le 31 août 1914, deux compagnies du 93è Régiment Territorial d’Infanterie occupent la ligne Saint-Nom-la-Bretèche – Rennemoulin avec ordre de se relier, à la station de Feucherolles, avec un bataillon du 94è RTI et les troupes du 7è secteur.

Le 1er septembre, des tranchées sont creusées, puis le 11, le régiment rentre dans ses cantonnements. Il reçoit chevaux, voitures, mitrailleuses et l’équipement nécessaire, outils, vivres, etc. En quelques jours, le 93è est transformé de régiment de place en régiment de marche prêt à être embarqué avec tout son matériel pour participer à la bataille de l’Yser en Belgique. [3]

Armement à Saint-Nom-la-Bretèche

De fait, il y aura encore des troupes dans le village en 1917 et peut-être même jusqu’en 1918.

Ainsi, le 88è Régiment d’Artillerie Lourde à Tracteurs, créé administrativement le 1er février 1917, voit son 6è groupe, créé le 1er avril, armé à Saint-Nom-la-Bretèche avec le canon de 145 modèle 1916.[4]

Soldats en Gare de Saint-Nom-la-Bretèche - Forêt de Marly[5]
Soldats en Gare de Saint-Nom-la-Bretèche - Forêt de Marly[6]

En Forêt de Marly

Nous connaissons par ailleurs, grâce au carnet du garde forestier Léon LAPIERRE, les activités licites et illicites des soldats en Forêt de Marly.

Ces deux cartes postales témoignent de la présence de troupes chargées de défendre la ligne du chemin de fer de Grande Ceinture.

Mariage à La Tuilerie Bignon

Les conséquences de la présence de troupes ne se résument pas aux contraintes et aux dégradations dues à l’occupation des bâtiments réquisitionnés. Des idylles peuvent se nouer entre soldats et villageoises, comme par exemple à La Tuilerie Bignon.

Souvenirs d’enfance de Claudine LAMBERT à la ferme de La Tuilerie : “Je revois très bien les DILLIÉS arriver. C’étaient des sinistrés du Nord de la France. Madame DILLIÉS était une Wallonne belge ; lui, il était français de l’autre côté de la frontière [...] Ils ont été choisis [par Monsieur PIOLLET] comme chefs de culture pour diriger la ferme”. Un de leur fils, Hubert, était mobilisé en Pologne lorsque la guerre a éclaté. Un autre, Henri lieutenant au 6è Génie, décède en 1918 à l’hôpital de Beauvais et est inscrit sur notre Monuments aux Morts. Les DILLIÉS avaient également deux filles Gabrielle et Fernande. “Je vis fort bien que Fernande fréquentait un des soldats qui avaient séjourné à La Tuilerie à la fin de la guerre. Vers 17, par là, la ferme était réquisitionnée pour prendre quelques soldats et certains venaient manger chez maman car tous ne pouvaient manger à la ferme [...] quand les DILLIÉS virent qu’il [Jean Lanzalavi] fréquentait leur fille, ils le prièrent de rester à la ferme et tout cela a fini par un mariage”. [7]

"Travail" pour ferrer les bœufs, à La Tuilerie Bignon[8]

Un dirigeable à La Tuilerie

Je me souviens avoir vu un énorme ballon dirigeable camouflé après le travail aux bœufs de la ferme. On avait dégagé le petit bois pour son emplacement. De là-haut à une certaine altitude il devait se trouver caché aux yeux de l’ennemi. On ne l’admirait que de loin on en avait peur. Car il était vraiment impressionnant.[7]


Références

  1. 1,0 et 1,1 AC Saint-Nom-la-Bretèche
  2. Société d’Histoire de Villepreux “Nouvelles d’hier” n°40, janvier 2014
  3. Historique du 93è RIT, SGA Mémoire des Hommes
  4. Historique des 88è et 288è Régiments d’Artillerie Lourde à Tracteurs, SGA Mémoire des Hommes
  5. Collection particulière
  6. Collection Vermont
  7. 7,0 et 7,1 Témoignage de Claudine LAMBERT recueilli par une adhérente de l'association "Les Amis de Saint Nom la Bretêche"
  8. Photo Les Amis de Saint Nom la Bretêche