CHARLET Jean

De Le Wiki de la Grande Guerre

Jean, Paul Charlet dit le Lieutenant Charlet est un soldat conflanais "mort pour la France" dans l'Oise en 1918 [1].


Etat civil

Jean Paul Charlet est né le 25 décembre 1893 à Conflans-Sainte-Honorine [2] , de Désiré Charlet et Léonie Eugénie Daire.
Il est décédé le 21 septembre 1918 dans l'ambulance 5/59, à la caserne de Royallieu près de Compiègne dans l'Oise en Picardie, à l’âge de 24 ans. [3]
Lors de son recrutement en tant qu'engagé volontaire le 14 avril 1913, il exerce la profession d'employé de commerce. Il est domicilié chez ses parents, charcutiers à Conflans, rue d'Andrésy (près de la gare de Fin d'Oise).

Renseignements militaires

Classe : 1912
Matricule : 5249
Bureau de recrutement : Versailles[4] [5]
Il est incorporé au 104e régiment d'infanterie [6].

Etats de service et distinctions

Dès le 9 novembre 1913, Jean Charlet est nommé caporal. Le 3 août 1914, il est promu sergent. Le Conflanais rédigera cinq lettres publiées par son ancien instituteur. Eugène Chabrot. Ces récits ont rédigés à partir de son carnet qu'il tiendra à jour soigneusement.
La première lettre retrace le terrible combat d'Ethe-lez-Virton en Belgique le 22 août 1914 où il est blessé d'une balle à l'épaule droite et d'un éclat d'obus au mollet gauche.

"Le 21 Août 1914 Bataille d'Ethe-lez-Virton Nous avons passé la nuit en grand'garde sur un plateau, à quatre kilomètres de Rupt-sur-Authuin
... 7 heures 30 - Le capitaine m'envoie en patrouille avec six hommes. C'est mon tour... je demande des renseignements au brigadier qui me les donne et très complets. Ma mission est terminée, je rentre à la grand'garde et rends compte de ma sortie.
Nous n'avons pas encore vu d'Allemands.
Midi. - ... un ordre du général de division nous envoie en Belgique, de suite ; direction : Virton, dans le coin formé par le Luxembourg et la France.
Il est 2 heures 20... Un paysan nous dit que, hier, deux hussards, les deux frères, maréchal des logies et brigadier, ont été tués aux abords d'une ferme que l'on aperçoit d'où nous sommes. Les Prussiens, les voyant venir sur la route, ont tiré, puis se sont sauvés comme ils le font souvent.
Nous voilà repartis ; dans un champ, à droite de la route, nous apercevons, couché, un uhlan bavarois. Il a été tué il y a une heure par notre avant-garde. Je lui trouve l'air... anémique, ce qui fait rire le capitaine et change un peu les idées des hommes.
C'est le premier mort que nous voyons et cela fait une certaine impression.
J'ai omis de m'intéresser à l'éclipse de soleil qui a eu lieu vers midi.
Dans quelques instants, nous aurons passé la frontière. La droite de la route est française et la gauche, belge ; un coude : nous allons entrer sous bois, c'est la Belgique.
Je me retourne pour voir la France car qui sait ?
... Nous sommes dans la zone ennemie. A 100 mètres en avant et à gauche se trouve une maison que nous allons reconnaître. Là, trois femmes seules nous offrent des sodas, du pain et du beurre, du tabac. Elles n'ont pas encore vu les Prussiens.
Nous partons et restons dans la forêt jusqu'à 3 heures. La pluie commence à tomber ; des coups de feu viennent de partir très près de nous, puis le crépitement sec des mitrailleuses, enfin une véritable bataille, engagement d'avant-garde, se déroule devant nous.
Nous sommes spectateurs et désirons fortement entrer en jeu, mais les ordres sont formels.
La pluie tombe avec violence, mais cela ne ralentit pas le feu, il est au paroxysme de la violence ; mais pas d'artillerie...
Les Allemands reculent... Au loin, on entend le canon et, tout à fait à l'horizon sud-est, nous apercevons une grande lueur. Au dire des gens du pays, c'est Longwy qui brûle. J'en doute.
Les Belges nous accueillent comme de véritables frères. Nous obtenons tout ce que nous désirons.
Nous passons une nuit bien courte...

Le 22 Août 1914.
3 heures. - On nous réveille. Départ dans vingt minutes...

Le 23 Août 1914.
2 heures du matin. Alerte ! Je réunis à la hâte mes éclopés et vais au milieu du village où je retrouve mon capitaine qui, aussitôt, me met chef d'un détachement de soixante-quatre hommes du régiment qui ont rejoint pendant la nuit.
Nous partons pour Charency et faisons à l'inverse le chemin d'il y a deux jours.
Arrivé à Charency, le régiment se reforme et nous allons marcher vers de nouveaux combats.

En fait, il s'agit de la retraite préparant la Bataille de la Marne à laquelle son régiment participera du 7 septembre au 8 octobre avant de s'installer dans les tranchées de Dancourt et de Popincourt, dans la Somme, jusqu'à Noël. Il retrace cette vie de tranchées dans ses récits suivants.

Le 24 décembre 2014, Jean Charlet devient aspirant. Dans une lettre, il se remémore ce Soir de Noël :
"Je n'ai jamais éprouvé de plus vive émotion que le soir du 24 Décembre 1914, que j'ai passé dans les tranchées.
Allongé dans ma tanière, je laissais mon esprit errer à travers le passé et je me remémorais les messes de minuit auxquelles j'ai assisté depuis que je suis au monde et je revoyais dans quelle chaude intimité se passaient les réveillons d'antan - et j'étais un peu triste ; mais ces souvenirs de mes anniversaires (je suis né dans cette nuit de Noël) me firent bénir le Ciel de m'avoir conservé encore jusqu'à ce jour pour atteindre mes vingt-et-un ans.

Son dernier récit publié est intitulé Messe de Minuit. Le futur Lieutenant Charlet retrace la suite de cette nuit du 24 décembre 1914 et y laisse pointer une certaine forme de désespoir : "Quelle solennité, et combien dans cette église à demi détruite on se sent près de Dieu ! On se voit comme les premiers chrétiens priant dans les Catacombes avec la foi naïve des premiers siècles, et nous avons quelque analogie avec ces victimes des empereurs, ces martyrs d'il y a 3.000 ans qui priaient, avant le sacrifice suprême, et de toutes les messes de minuit que je verrai, celle-là sera toujours gravée dans mon âme comme un acte de foi le plus sublime et le plus grand."

L'année suivante, Jean Charlet obtient sa première citation : O.R. le 23 janvier 1915 Aspirant à Ethe. Ramenant un détachement de 19 hommes dont 7 blessés et blessé lui-même d'une balle à l'épaule droite a cependant détruit une patrouille ennemie qui occupait un bois. Evacué le 31 août, a fait preuve d'une grande énergie en demandant à revenir au feu aver le 1er détachement de renfort . Il est ensuite cité à l'ordre du corps d'armée du 10 août 1915 A fait preuve en divers combats d'une grande bravoure. Blessé une 1ere fois le 22 août n'a été évacué que 15 jours plus tard, sur l'ordre du Médecin Major. est revenu au front à peine guéri. A été blessé une 2e fois à Pathe-les-Hurlus.

Le 27 juin 1915, il est promu sous-lieutenant à titre temporaire par décision ministérielle par application du décret du 2 juin 1915. Il passe au 406e R.I. le 17 octobre 1915 [7], puis le 19 août 1916, il passe au 24e R.I. [8]
Il est cité à l'ordre de la 133e division le 3 décembre suivant : "Charlet Jean Paul sous-lieutenant au 24e R.I. s'est proposé pour établir la liaison entre le chef de bataillon et sa compagnie dans des circonstances particulièrement périlleuses et a très bien rempli sa mission. Ordre de la 3e armée n°486 du 7 août 1918. ordre de la 4e armée n°1077 du 14 novembre 1917. Il est nommé sous-lieutenant à titre définitif le 31 décembre 1916.

Muté au centre d'aviation de Plessis-Belleville le 23 mai 1917. Jean Charlet devient alors lieutenant à tire définitif (27 juin 1917). Il est rattaché au 2e G.A. escadron BR217.
L'aerodrome du Plessis-Belleville est un centre d'entraînement pour observateur d'aviation. Le futur écrivain Joseph Kessel s'y est porté volontaire pour une formation fin juin 1917 et en sort aspirant breveté en septembre 1917.

On octroie au Lieutenant Charlet la Croix de Guerre (étoile d'argent). Puis par arrêté du ministre de la Guerre, la Légion d'honneur lui est décernée le 20 septembre 1918, à prendre rang à compter du 1er juillet précédent.

Il est blessé le lendemain, 21 septembre dans un accident d'aviation et meurt des suites de ses blessures dans l'ambulance 5/59 à la caserne de Royallieu près de Compiègne.[9]
Hôpital temporaire de la caserne de Royallieu

Le corps du lieutenant Charlet est inhumé dans le caveau de la famille Daire au cimetière de la rue du Repos à Conflans. [10]
Son nom est honoré au monument aux morts de Conflans.
Il figure sur le Livre d'or de Conflans-Sainte-Honorine [11] et sur le Monument aux morts de Conflans-Sainte-Honorine.

Postérité

Par décision du conseil municipal de Conflans-Sainte-Honorine, il est créé une rue du Lieutenant Charlet.

Notes et références

Archives familiales de la famille Damville
Archives municipales de Conflans
Livre d'Or d'une école primaire, Pages vécues de la Grande Guerre, Eugène CHABROT, 1922.

Notes